Nicolas SARKOZY regrette que les quartiers soient des « déserts spirituels ».

Xavier Ternisien

Le Monde – Juin 2005.

 

 

Il invite les Eglises à prendre part au débat public.

 

            LE MINISTRE de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, voit dans le tassement de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) aux élections du 19 juin au Conseil français du culte musulman (CFCM) la preuve qu’il avait raison. Il s’en est justifié devant des responsables religieux : le rabbin Samuel Sirat, Mgr Daucourt, évêque de Nanterre, Ghaleb Bencheikh et le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération protestante de France (FPF). Tous étaient réunis, lundi 20 juin au soir, par l’association Bible à Neuilly.

            M. Sarkozy a dressé la litanie de tous les reproches qui lui ont été adressés, lors de son premier passage place Beauvau. « Qu’est-ce que je n’ai pas entendu quand j’ai fait le CFCM ! C’est vrai que j’ai un peu poussé les choses pour que cela se fasse vite, c’est mon tempérament, a-t-il déclaré. Mais on m’a accusé de pactiser avec les extrémistes. Trois ans après, qu’est-ce qui se passe ? L’UOIF perd la moitié de ses sièges ! Ma conviction, c’est qu’une identité humiliée est une identité qui se radicalise (et en tant que libre-penseur je confirme ses propos, une fois n’est pas coutume ! – FF.). Dans ce processus, il fallait admettre tous les courants, pour faire émerger un islam de France. »

            UN « PLUS POUR LA REPUBLIQUE »

            Autre reproche qu’il n’a pas digéré : « On m’a soupçonné de vouloir instrumentaliser les Eglises. Je n’ai fait que constater que, lorsqu’il y a un prêtre ou un pasteur, dans un village ou un quartier, pour s’occuper des jeunes, il y a moins de laisser-aller, de désespérance, et finalement moins de délinquance. Aujourd’hui, nos quartiers sont devenus des déserts spirituels ! »

            Le ministre de l’intérieur a fait état, au passage, des dissensions qu’il a eues, par le passé, avec le cardinal Jean-Marie Lustiger, ancien archevêque de Paris. « Il me disait que la France est un pays catholique. Je lui répondais que la France est en majorité catholique. En tant que ministre des cultes, je ne suis au service d’aucune religion, même la majoritaire. » (Sarkozy ne sert que Sarkozy et ses ambitions électorales qui chaque jour nous conduisent à l’abrogation de la loi de 1905. Il faut résister. FF.)

            Nicolas Sarkozy veut « faire évoluer la pensée politique » sur la laïcité et les cultes. « Je crois que jamais un ministre de l’intérieur, avant moi, n’a autant revendiqué d’être ministre des cultes. » Il a pris position pour une « laïcité apaisée », « qui va plus loin que le processus historique de normalisation des rapports entre l’Etat et les Eglises. » Il n’hésite pas à affirmer que « les religions sont un plus pour la République ».

            Nicolas Sarkozy va plus loin encore : il encourage les responsables religieux à prendre part aux débats publics. « Ne cédez pas au terrorisme de la pensée unique, leur a-t-il lancé. Ne vous laissez pas moquer, diffamer, insulter. […] Parfois, je regrette la frilosité de certains hommes d’Eglise. Vous n’avez pas à vous excuser de ce que vous croyez. Il est normal de prendre part au débat public (bien sûr ! qui a jamais prétendu le contraire ? FF.). Si vous croyez, vous devez parler, prendre parti, partager. » Le président de l’UMP (tiens ! n’a-t-il pas dit aussi être contre le cumul des mandats ? FF.) n’a pas évoqué, en revanche, une possible révision de la loi de 1905.

            Il a récusé, avec humour, la distinction entre sphère publique et sphère privée : « Il n’y a pas deux vies. Comme si la part de soi la plus intime et la plus intéressante, il fallait l’abandonner jusqu’au samedi matin et au dimanche soir inclus. Le domaine de la vie privée n’a pas de sens. C’est le domaine de la vie tout court. » Il n’a pas précisé, en revanche, si cette maxime ne valait que pour le religieux (ou pour les frasques de sa propre vie privée qu’il n’a pas manqué d’étaler devant les caméras pour ensuite se plaindre de leur indiscrétion. – FF.).

 

            Face à tant de populisme et de démagogie réunis, et dans la mesure ou un exorcisme ne suffirait pas, signez l’appel de l’Union des athées pour la loi de 1905.