« Il
fallait chasser le démon du corps de Maricia. »
Mirel
BRAN
Article
paru dans le Monde – Juin 2005 (si si ! je vous jure !)
de
notre correspondant
Orphelinat, monastère, crucifixion, le
parcours de Maricia Cornici, 23 ans, n’aura pas été long. Le 15 juin, la jeune
femme meurt au monastère orthodoxe de la Sainte-Trinité de Tanacu, un village
au nord-est de la Roumanie, à la suite d’une séance d’exorcisme qui rappelle le
Moyen-Age (à ceci près qu’en ce temps-là c’était « normal »
dirons-nous ! Mais pardon. Reprenons le cours de ce passionnant récit.)
Maricia Cornici avait la
réputation d’être trop violente avec la dizaine de nones qui vivaient avec elle
(Mon dieu si c’est pas une honte, il y a tellement plus intéressant à faire
dans un monastère roumain de nones !). Le jeune pope Petru Corogeanu,
29 ans, responsable depuis trois mois de la vie spirituelle de ce lieu de culte
traditionnel et pressé de faire ses preuves, est donc passé à l’action (ben
au moins ! il s’est pas raté à ce niveau là…). « Elle était
possédée par le démon et il fallait chasser ce démon de son corps »,
a-t-il déclaré à la police. Le 10 juin, avec l’aide de quatre nones, le pope
attache les mains et les pieds de la jeune récalcitrante et l’enferme dans une
cellule sombre et humide du monastère. Ce traitement ne donne aucun résultat (ah
ben merde alors !).
Le 13 juin, avec l’aide des mêmes
sœurs, il attache avec des chaînes la femme démonisée sur une croix et lui
enfonce un chiffon dans la bouche pour interdire au démon de s’exprimer. Elle
n’a droit qu’à quelques gouttes d’eau bénite aspergée régulièrement sur son
corps, frappé à intervalles réguliers. Cependant, le démon résiste et ne se
décide à s’enfuire que trois jours plus tard, dans la matinée du 15 juin, mais
en prenant au passage l’âme de Maricia, trouvée morte sur la croix. « Le
décès de la victime est dû à une violence corporelle très grave », a
précisé Mihaela Straub, porte-parole de la police locale.
Elevée dans un orphelinat de Deva,
petite ville située à l’ouest de la Roumanie, Maricia Cornici était entrée au
monastère faute de travail et avec l’espoir de trouver une vie plus décente
dans le monde fermé de l’orthodoxie. Le 10 avril, elle s’était fait examiner à
l’hospice de Vaslui, ville voisine de son village. « le diagnostic était
correct », reconnaît le médecin Leila Croitoru. « Cette femme était
schizophrène ». Opinion partagée par le pope exorciste. « Oui, elle
était malade, mais c’était une possédée », explique-t-il. « Du point
de vue religieux, ce que nous avons fait est absolument correct. Nous avons
célébré des messes trois jours de suitr pour la désenvoûter. Je ne lui ai pas
cassé la tête, je ne lui ai rien cassé, sauf les mains et les pieds. »
L’Eglise a qualifié ce drame
d’ « abominable », mais la none Marta, comme ses autres
consœurs, a un avis tranché : « Si elle est morte, c’est parce que
Dieu l’a voulu ! ». Le prêtre et les policiers envoyés sur place pour
enquêter et arrêter l’exorciste se sont fait tabasser par les nones en colère.
Seule l’intervention en force de la gendarmerie a permis l’accès au monastère,
que l’Eglise orthodoxe a décidé de fermer prochainement (je suppose que les
responsables seront mutés !).